Quand une entreprise du bâtiment disparaît, ses chantiers, eux, continuent à vivre. Et parfois à se fissurer. Retrouver l’assurance décennale devient alors une opération à mener vite et bien, pour sécuriser les réparations et vos droits. Ce guide propose une méthode opérationnelle et vérifiable.
Objectif clair : identifier l’assureur, qualifier les désordres comme décennaux, puis enclencher l’indemnisation. Vous trouverez ci‑dessous les sources d’information, les acteurs à contacter et les recours si l’assureur reste introuvable.
Démarches pour retrouver l’assurance décennale d’une entreprise disparue : audit documentaire immédiat
Première action : rassembler tout ce qui peut révéler le nom de l’assureur et la période couverte. L’attestation d’assurance antérieure au chantier reste la pièce clé, mais d’autres traces peuvent suffire (contrats, devis, e‑mails, PV).
- Documents du chantier : contrat (CCMI, marché de travaux, MOE), devis signés, factures, PV de réception, réserves, levée de réserves.
- Pistes numériques : e‑mails avec signature mentionnant l’ancien assureur ou un courtier en assurance, pièces jointes PDF, photos du panneau de chantier.
- Sources externes : registre du commerce (RCS), Chambre des métiers (CMA), annonces au BODACC, annuaires pro (Pappers, Data INPI).
| Source | À extraire | Où/Comment | Repère de délai |
|---|---|---|---|
| Attestation d’assurance | Nom de l’assureur, n° police, période, activités garanties | Dossier client, courriels, archives familiales | Immédiat si disponible |
| Contrat / Devis / Factures | Mentions assurance, coordonnées du courtier en assurance | Classeurs, espace client, messagerie | 24–48 h |
| PV de réception | Date de réception (déclenche le délai 10 ans) | MOE/architecte, maître d’ouvrage | Immédiat |
| Registre du commerce (RCS) / CMA | État de l’entreprise, éventuel liquidateur, contacts | INPI RNE, BODACC, CMA locale | 24–72 h |
| Assureur présumé | Confirmation de la police et période couverte | Service relations sinistres / attestations | 3–10 jours ouvrés |
Cas d’école : Lucas, maître d’ouvrage, réceptionne son extension en 2018. En 2025, des fissures structurelles apparaissent. Il retrouve un PDF « Responsabilité civile décennale 2018 » dans ses e‑mails : l’assureur y figure clairement, la recherche est bouclée en deux heures.

Exploiter l’attestation et l’historique des assurances pour identifier l’assureur
Si l’attestation manque, reconstituez l’historique des assurances de l’entreprise : un même artisan peut avoir changé d’assureur au fil des ans, seule la période couvrant la réception vous intéresse.
- Scrutez les mentions obligatoires sur devis/factures : n° police, raison sociale de l’ancien assureur, activités garanties (ex. gros œuvre).
- Appelez le courtier en assurance figurant sur un devis : il connaît souvent la chaîne de souscription et peut confirmer la police au moment des travaux.
- Demandez au maître d’œuvre/architecte ses archives professionnelles : ils exigent habituellement l’attestation avant le démarrage du chantier.
Astuce : certains assureurs conservent un service « attestations historiques ». Une demande argumentée avec date de réception et adresse du chantier accélère la réponse.
Retrouver l’assureur via registres, archives professionnelles et interlocuteurs clés
Quand la trace documentaire est maigre, basculez en mode « enquête » : recoupez les informations publiques et sollicitez les acteurs susceptibles d’avoir gardé une copie de l’attestation.
- RCS / BODACC : identifiez une liquidation judiciaire et le nom du liquidateur ; contactez-le pour accéder au dossier (inventaire, contrats, polices).
- Chambre des métiers : demandez un extrait et, si possible, les contacts connus de l’entreprise artisanale au moment des travaux.
- Archives professionnelles : MOE, contrôleur technique, coordinateur SPS, bureau d’études peuvent détenir l’attestation déposée à l’ouverture du chantier.
- Piste assureurs : contactez les grands acteurs du marché décennal en France avec les métadonnées du dossier (raison sociale, SIREN, adresse chantier).
Exemple : Fatou ne possède que le SIREN. En consultant BODACC, elle trouve la liquidation et le mandataire. Ce dernier lui transmet une copie numérisée de l’attestation d’assurance active à la date de réception : la procédure peut démarrer.

Assureur introuvable ? Recours FGAO et sécurisation des preuves techniques
Si aucune piste ne permet d’identifier l’assureur, deux axes : activer les institutions et bétonner la preuve des désordres de nature décennale (atteinte à la solidité ou impropriété à destination).
- FGAO : le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages peut intervenir lorsque l’assureur est défaillant (insolvabilité) ou, à défaut, pour orienter un dossier sans assureur identifié. Dossier en ligne : fgao.fr.
- Bureau Central de Tarification (Bureau Central de Tarification) : utile surtout côté professionnels pour imposer une souscription de Responsabilité civile décennale lorsqu’aucun assureur n’accepte le risque ; à connaître si des travaux de reprise sont en jeu (site officiel).
- Preuves : rapport d’expert bâtiment indépendant, constat d’huissier, mesures (fissurimètre), sondages. Ces pièces cadrent la nature décennale et le chiffrage.
| Repère | Contenu | Impact pratique |
|---|---|---|
| Garantie décennale | 10 ans à compter de la réception (date au PV) | Fenêtre d’indemnisation des dommages graves |
| Prescription biennale | Action contre l’assureur : 2 ans à compter de la connaissance du sinistre | Interruption par LRAR, expertise, assignation |
| Délais de traitement | Pratiques de marché : accusé sous ~10 j, position sous ~60 j une fois le dossier complet | Anticipez relances et compléments techniques |
Conclusion opérationnelle : si l’assureur ne ressort pas, montez un dossier probant et sollicitez le FGAO tout en préparant une action en référé‑expertise pour conserver les preuves.
Mettre en jeu la Responsabilité civile décennale : notification et conduite du sinistre
Une fois l’assureur identifié, l’objectif est d’activer rapidement la Responsabilité civile décennale avec un dossier complet et des demandes claires.
- Notification LRAR : exposez les désordres, leur caractère décennal, la date de réception, la référence de police, et joignez photos/rapports.
- Instruction : attendez la désignation d’un expert d’assurance ; préparez plans, notes de calcul, fiches techniques, procès-verbaux.
- Issue : offre d’indemnisation, financement des reprises, ou contestation ; en cas de désaccord, médiation puis action judiciaire.
Précision utile : si vous avez aussi une police Dommages‑Ouvrage, activez-la en parallèle ; elle accélère les réparations, puis se retourne contre l’assureur décennal du constructeur.
Check‑list opérationnelle et modèles de relance pragmatiques
Gagnez du temps avec une routine structurée ; les échanges tracés et datés sécurisent la prescription et fluidifient l’instruction.
- Check‑list dossier : contrat et devis, PV de réception, photos datées, rapport d’expert, constat, copies de l’attestation d’assurance, coordonnées de l’ancien assureur/courtier en assurance.
- Relance type (J+30) : rappel des références, synthèse des désordres, mise à disposition pour visite, demande de position motivée et calendrier d’expertise.
- Escalade : Médiation de l’Assurance (mediation-assurance.org), puis référé‑expertise au tribunal judiciaire compétent.
Retour d’expérience : Lucas obtient une prise en charge partielle après première offre. Une contre‑expertise chiffrée et une relance argumentée conduisent à une indemnisation couvrant la totalité des reprises structurelles.